« À notre demande, nous avons eu une réunion en début de semaine. Dans les locaux du conseil général, à Saint-Brieuc, on nous a expliqué que l'activité de transport maritime de la barge allait être stoppée au 31 décembre. Après trente ans de bons et loyaux services, la continuité territoriale ne sera plus assurée et nous allons perdre nos emplois. Tout l'indique. Aucune proposition n'a été formulée à notre égard et à propos de notre avenir... », fulminent les salariés de la Barge de Bréhat.

« Otages des enjeux »

Quai Morand, où se trouvent bureau et entrepôt, c'est l'état de choc. Sylvie Corfdir, la secrétaire, est minée par l'inquiétude : « Les comptes étant déficitaires, la chambre de commerce et d'industrie, notre employeur, a donné son préavis pour interrompre sa délégation de service public. Le conseil général, à qui appartient le bateau, ne manifeste pas l'intention de lui chercher un repreneur. »

Souvent épineux, le dossier de l'approvisionnement en marchandises de l'île de Bréhat s'est encore compliqué ces derniers mois. Depuis cet été, à partir du port de Lézardrieux, un bateau affrété par un investisseur privé assure également le service et décharge la marchandise à la grève de l'Église.

« On ne va pas se laisser faire »

« Cette concurrence a fait très mal. On peut comprendre la CCI. S'il n'y a pas d'argent, comment nous payer ? Là, on a perdu près de 60 %. On réussissait à équilibrer les comptes tant que la barge évacuait aussi les déchets de l'île. Hélas, après le « frais » au 1er juillet, le concurrent fait aussi l'évacuation des déchets », se désole Florian Le Guilloux. Marin depuis douze ans dans l'entreprise, il est certain qu'il y avait moyen de mieux répartir le « gâteau ». « Il y a de la place pour deux. On se sent pris en otages des enjeux », poursuivent les salariés, qui ont le sentiment d'être au milieu d'une partie de cartes entre CCI, conseil général et mairie de Bréhat. Contactée hier, la CCI ne s'est pas exprimée pour l'instant.

« On ne va pas se laisser faire », promet Jean-Emmanuel Thomas, lui aussi marin depuis douze ans. Les salariés comptent sur la réaction des usagers bréhatins. « On fait tellement partie des meubles que les gens n'imaginent pas nous voir disparaître, renchérit Florian Le Guilloux. Ils pensent que même déficitaires, nous sommes un service public. C'est une erreur. » Sylvie Corfdir reprend la balle au bond. « Nous non plus on n'y croyait pas et pourtant nous en sommes là... »

Philippe PÉRON.