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8 avril 2014 2 08 /04 /avril /2014 22:58

 

 

 Îles. Pourquoi la vie y est plus chère


7 avril 2014 à 11h13 / Didier Déniel / 1 (Télégramme du 07/04/14)

La vie est plus chère sur les îles que sur le continent. Un cabinet spécialisé planche actuellement sur la question. État des lieux de la situation dans les îles bretonnes, du coût du logement à celui de l'alimentation.
1. Le logement.
Sur certaines îles très prisées par des acquéreurs voulant une résidence secondaire, la guerre immobilière fait rage. À Houat, par exemple, une maison de pêcheur en ruine se négocie 250.000 euros. À cela, il convient d'ajouter une enveloppe équivalente pour les travaux ! Faire construire son logement sur une île revient beaucoup plus cher que sur le continent. Même si, parfois, le prix du mètre carré, en lotissement, y est inférieur. C'est le cas à Groix, où la terre est moins chère qu'à Larmor-Plage. À Molène et à Ouessant, on estime que la facture est de 40 à 50 % supérieure à celle d'un chantier sur le continent. « Le transport des matériaux coûte cher, explique Manuela Kerinou, directrice de l'association des îles du Ponant. Il faut aussi prendre en compte ces heures improductives passées à réceptionner la marchandise. Mais parfois, aussi, à la situation de monopole de certaines entreprises qui ne sont pas nombreuses sur les îles. »


2. L'énergie et le carburant.
Il s'agit, pour les îliens, d'un gros poste de dépense. Un simple comparatif des prix permet de s'en rendre compte. Le 28 mars, le litre de gazole coûtait 1,56 euros à Belle-Ile et Groix, contre 1,27 euros à Lorient et 1,29 euros à Quiberon. À Groix, le garagiste qui tient les seules pompes de l'île explique qu'il doit faire face à des frais supplémentaires. « Nous avons investi dans trois camions pour nous ravitailler en carburant sur le continent. Il faut également compter le temps passé sur le bateau ». À Belle-Île, le schéma est différent. Ici, gazole et essence sont acheminés par un petit pétrolier ravitailleur. Avant 2007, le transport était subventionné par le Conseil général du Morbihan. En l'espace de quelques jours, le coût du transport est passé de 31,58 à 75,61 euros le m³. Augmentation répercutée sur le prix à la pompe qui avait entraîné un fort mouvement de grogne et de manifestations. Concernant le chauffage au bois, denrée très rare dans les îles, une commande groupée a été organisée, l'hiver dernier, par l'association des îles du Ponant. Soixante-dix cordes ont ainsi été vendues à un moindre prix. Le chauffage est un réel problème sur les îles, où le bâti est assez ancien et donc très énergivore.

3. La voiture sur le continent.
Certains îliens possèdent une voiture sur le continent pour plus de facilité. Un choix qui leur impose d'acheter ou de louer un garage à l'année. Pour réduire ces frais, des familles optent pour l'auto-partage. Certains aussi achètent un petit logement sur le continent. « Il est parfois difficile de faire tout ce qu'on a prévu de faire en quelques heures, commente Manuela Kerinou. Sachant que le bateau arrive en fin de matinée et reprend la direction de l'île dans l'après-midi. Si vous avez un rendez-vous santé important, vous êtes dans l'obligation d'aller à l'hôtel et de repartir le lendemain. »

4. L'eau.
Certaines îles sont ravitaillées en eau via des canalisations sous marines comme Bréhat, Batz, l'Île-aux-Moines ou Arz. D'autres disposent de nappes phréatiques comme Molène, Houat, Hoëdic et Groix. Sein, elle, n'a pas cette chance et a dû investir dans un osmoseur qui transforme l'eau de mer en eau douce. Le coût du m³ y est beaucoup plus cher que sur le continent : 6,78 euros au lieu des 4,15 euros de la moyenne nationale.

5. L'alimentaire.
Hormis à Belle-Île et à Groix, la grande distribution n'est pas implantée sur les îles bretonnes. Mais les habitants ont la possibilité de s'approvisionner dans des petites épiceries familiales, généralement bien achalandées, où les prix sont plus élevés que sur le continent. Pourquoi ? Parce que le transport des denrées alimentaires par bateau a un coût. Et que ces petits commerçants ne dépendent d'aucune centrale d'achat à même de tirer les prix vers le bas. À Molène et Ouessant, certains habitants ont pris l'habitude d'acheter leurs courses les plus volumineuses sur Internet, auprès d'une grande surface brestoise. Ce sont les bateaux de la Penn ar Bed qui en assurent l'acheminement.

 

 

                                                                                        En complément:



Denis Palluel : « Un besoin de données objectives »

Denis Palluel, maire d'Ouessant, est président de l'association des Îles du Ponant. Interview.

Pourquoi avoir lancé cette étude sur le surcoût de la vie dans les îles ?

On parle depuis très longtemps de cette réalité que les îliens connaissent bien. Mais nous n'avions, jusqu'alors, pas de données objectives chiffrées. Nous voulons, à travers cette étude, confiée au cabinet Ressources Consultants Finances, pouvoir présenter clairement nos arguments, qui peuvent peser dans le calcul de la dotation globale de fonctionnement.

Qui peut intervenir en votre faveur ?
L'État, bien évidemment. Il devra prendre en compte cette réalité du surcoût. Mais aussi celle du revenu moyen par habitant qui est souvent en queue de peloton des moyennes régionales ou nationales. Du continent, les gens ont souvent une image des îles qui ne correspond pas à la réalité. Ils imaginent qu'on y vit dans le luxe, dans un décorum de carte postale, les pieds dans l'eau. C'est faux.

Qu'attendez-vous concrètement ?

Nous ne
voulons pas un statut à part comme pour la Corse, les départements d'outre-mer ou les communes de montagne. Nous voulons simplement une reconnaissance objective des charges supplémentaires qui nous incombent. Pour pouvoir regarder l'avenir sereinement et maintenir les populations dans les îles.
Des communes moins riches que sur le continent

Pour être maire à Sein ou Molène, il faut être un bon gestionnaire. Car, sur ces deux îles, aucun impôt local ou foncier n'est perçu. En vertu d'une exemption décidée sous l'ancien régime pour compenser les conditions de vie exceptionnellement dures, et remercier la population des services rendus à la navigation dans des zones particulièrement dangereuses. La collectivité vit donc grâce à la dotation globale de fonctionnement (DGF) versée par l'État, et à des subventions diverses. À Sein, par exemple la commune touche 5.000 euros annuels du Département du Finistère pour le traitement des déchets. Sans cette aide, elle aurait bien du mal à joindre les deux bouts.

Le casse-tête des déchets

« Les communes insulaires ne sont pas très aidées, souligne Manuela Kerinou, de l'association des îles du Ponant. La dotation de solidarité rurale qui leur est attribuée est inférieure à ce que touchent les autres ayants droit. Ça n'est pas logique. Et pourtant elles ont une multitude de charges supplémentaires qui, en s'additionnant, pèsent de tout leur poids dans leurs finances. Le traitement des déchets - et leur transport sur le continent -, par exemple, est très lourd et coûteux. » D'autant que les îles sont, de plus, tenues de prendre en charge les déchets de leurs visiteurs. La plupart du temps, ces ordures ménagères et ces déchets recyclables sont évacués par barge sur le continent. Comme à Ouessant, où la commune paie 70 euros le passage d'une balle compactée. Bréhat, Molène, Sein et Yeu ont aussi opté pour ce système. On estime que plus de 20.000 tonnes de déchets sont produites sur les 15 îles de l'association, soit 1,29 tonne par habitant permanent et par an. Ce problème est si rémanent que les îles du Ponant ont lancé une campagne visant à convaincre les visiteurs de repartir avec leurs déchets sur le continent.

Entretenir une école pour une poignée d'enfants

Même chose pour les écoles fréquentées par quelques gamins et qui doivent, coûte que coûte, rester ouvertes et être entretenues. « Il s'agit dans ce cas précis de surinvestissement. Car les travaux étant engagés pour une poignée d'enfants. En tant qu'insulaire, nous ne pouvons pas envisager de regroupement scolaire comme cela se fait sur le continent », note Denis Palluel, président des Iles du Ponant. Une exception toutefois : les collégiens d'Hoëdic prennent tous les jours le bateau pour rejoindre le collège de l'île d'Houat. Souvent aussi, c'est la collectivité qui est tenue de prendre en charge les logements des enseignants qui résident sur le continent. Mais aussi ceux des professionnels de santé ou des gendarmes et des secouristes qui veillent sur la sécurité des habitants et des touristes aux beaux jours.

Pas de mutualisation de moyens

Les routes représentent aussi de sacrés budgets pour ces petites collectivités. L'État l'a admis. Il a accepté de doubler le coefficient de voirie qui intervient dans le calcul des DGF. Aux communes, aussi, incombe la prise en charge - en partie - de la construction des centres de secours. Celui de Belle-Ile, en cours d'achèvement, prévu pour héberger les pompiers volontaires durant l'été, devrait coûter à la collectivité 2,6 millions d'euros. Même s'il est largement subventionné, les communes de l'île devront mettre la main au portefeuille. À Houat, un projet a été lancé par la précédente municipalité : coût prévisionnel 920.000 euros pour 270 habitants l'hiver !
Traversées : des tarifs préférentiels

Pour permettre aux habitants des îles de se rendre fréquemment sur le continent, des tarifs préférentiels leur sont accordés sur les liaisons maritimes. Les traversées Ouessant-Molène et Sein (AR) leur sont facturées 6,50 euros contre 34,80 euros pour un passager du continent. Dans le Morbihan, les îliens payent 5,75 euros l'aller-retour vers Groix, Belle-Ile, Houat et Hoëdic, contre 33,65 euros en tarif plein. Ce sont les habitants de l'île d'Aix, en Charente-Maritime, qui sont les plus avantagés. Ils ne payent que 0,56 euro la traversée (AR), contre 15 euros pour les autres. Certains habitants plaident pour une gratuité des traversées pour les insulaires. Comme cela est le cas en Finlande.
Îles du Ponant : une association de quinze îles

Créée en 1971, l'association des Iles du Ponant regroupe quinze îles habitées de façon permanente par plus de 15.700 personnes, de la Manche aux eaux de Charente-Maritime. Elles ont un statut de collectivité locale et ne sont pas reliées au continent par un pont. Adhèrent à l'association : Chausey, Bréhat, Batz, Ouessant, Molène, Sein, Les Glénan, Groix, Belle-Île, Houat, Hoëdic, île d'Arz, Ile-aux-Moines, Aix et Yeu. Belle-Ile (5.326 habitants) et Yeu (4.662 habitants) sont les plus peuplées.

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Published by Tad coz - dans vie insulaire
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commentaires

Babeth 11/04/2014 11:43


Je vais de ce pas mettre une bougie à St Michel en ouvrant la chapelle. On ne sait jamais...

Tad coz 12/04/2014 18:24



Bonne idée!



Babeth 11/04/2014 09:38


Tu es sûr qu'il n'y a pas d'erreur sur le prix du passage des îlens de leur île vers le continent? Le prix au km  paraît bien différent de celui payé à Bréhat!? Peut-être que la Manche est
plus salée que l'Atlantique, et qu'on paye encore la gabelle...


C'est bizarre qu'on en parle pas...

Tad coz 11/04/2014 10:29



C'est le maire d'Ouessant qui parle. Tu as raison, si les donnèes sont justes(et il n'y a pas de raison de douter du maire d'Ouessant), on devrait flotter comme sur la mer noire, vu la densité du
sel. C'est sur la Finlande qu'il faudrait s'aligner (gratuité pour les iliens):idée qui sera sûrement entendue au conseil général!



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