Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 mai 2014 1 19 /05 /mai /2014 23:01

File:Riou - Gouel ar sakramant.djvu

La Fête-Dieu

L'été nouvellement éclos dardait de rayons les jardins

de Basse-Bretagne. Le vent secouait les arbres. La cour de

Pennarvern était endormie dans le soleil tiède. A l'abri

de l'appentis, une poule, accroupie sur le tas de paille

protégeait une couvée d'oisillon sous ses ailes

gonflées. De temps en temps un poussin tendait le cou

sous une aile et souriait au soleil, de la perle

de ses  jeunes yeux. Un vieille poule gloussait,

et parfois, une petite tête jaune retournait à l'abri

dans le paradis de plumes.

 

 Les cloches sonnait les vêpres, les vêpres de la

fête-Dieu.

  Herve Bogion, le fils Pennarvern, avait abreuvé ses

chevaux, et mis du foin dans leur ratelier. De la paume de la main

il caressait le poil  étrillé de la jument bai.

  Les cloches se turent; La petite cloche tinta

deux fois. Un autre son.

  - Il est temps à moi, pensa herve.

 Il ramassa une poignée de foin éparpillée sous

l'auge, et ferma la porte derrière lui.

  Deux garçonnets, avec chacun une brassée de digitales,    (VRIAD en breton!!)

attendait, dans la cour.

  - Nous sommes allés chercher des digitales pour votre soeur,

dit le plus grand, à son rythme.

  - voilà deux gentils garçons dit Anna, qui venaitFile:Riou - Gouel ar sakramant.djvu

du jardin, un bouquet de 

roses sous le bras. Mais ce sont de jolies digitales que vous

avez trouvées .

 - Oh! dans la garenne, chez nous, il y en a encore des longues, longues.

  - Bon  ! Mettez les digitales sur ces  roses,

prenez chacun dans chaque anse du panier et portez -les

tout de suite à la croix.Vous reviendrez

après, chercher chacun deux sous.

  Les garçons chargèrent le bouquet. Ils allèrent

si vite qu'ils couraient, et ils riaient de plaisir.

  - Je crains , Anna, dit Herve que vous ayez

cueilli autant de bouquets qu'il pouvait y avoir dans le jardin.

  - Demain, Herve, écloseront d'autres fleurs. La croix

ne sera pas trop décorée.

  Herve alla se préparer pour les vêpres.

Des bribes d'herbes sèches le salissaient.

   Il descendit d'un coup la chaîne et le seau dans le puits

tellement que l'axe sauta.

  Herve versa  de l'eau fraîche dans l'auge de pierre. Il

ôta sa veste et sa chemise.

 

  Ah! Non, il n'y avait plus trace de maladie sur le corps 

de Herve Bogion. A voir son allure sous le

soleil de juin, on ne croirait pas que l'homme avait gardé le

lit depuis les foins, l'an passé, jusqu'à la chute,

avoir subi l'extrême-onction deux fois, et être resté des

mois entre la vie et la mort. Après des mois

la maladie fut passée, et il avait de nouveau retrouvé

la santé avec l'été qui commençait. çà n'avait pas été

le chaud et le froid pour sa jeunesse. Il retournera

aux fauchages et les forces lui  reviendront; à la

moisson il criera sur l'aire de battage et il cabrera

des fourchées de paille sur le tas, trés solide et le plus fort

porteur. Assez gaillard pour faire envie à un homme bien portant.

File:Riou - Gouel ar sakramant.djvu

   Il a été choisi, au moment de la messe pour porter la grande Bannière

de Sant Tei et çà lui fait plaisir de penser que

c'est Mari Vazele qui a été choisie pour porter la Vierge. A ce sujet

les filles de Landremel ont trouvé à redire.

Selon elles, cependant, ils sont "compatibles", tous les deux.

  Mais une vieille femme , trouve clairement trop sensibles

les yeux d'Herve Bogion.

  Herve, penché au-dessus de l'auge jetait de l'eau sur

sa nuque.

   ... Tant qu'il était resté au lit, malade et

convalescent, Mari était venue de manière assidue prendre

de ses nouvelles. Souvent elle venait dans la soirée et elle

aidait Anna Bogion à coudre ou à repasser les coiffes,

prétexte à rester plus longtemps. Une fois même, elle avait été

dans la maison une journée entière et elle avait assisté à la

lessive. Quand elle prenait son tricot, elle était assise sur le

banc , ou sur son lit. Sa voix était caressante et calme

quand elle lui demandait s'il avait faim ou soif,

et ce qu'il désirait, comme l'aurait fait sa soeur.

 

...Et Herve versait de l'eau sur sa tête, abondamment.

  - Je crois que vous aimez l'eau, dit Anna,

de la maison.

  - çà fait du bien ! dit-il.

  Et il prit un torchon des mains de sa soeur,

en secouant sa tignasse blonde.

  Voilà sa mère qui revient du bourg.

  - Séchez bien vos cheveux, Herve. Des cheveux mouillés ce n'est

pas sain.

  - Bah ! dit Herve en riant.

 Et il alla s'habiller.

  Les battements de son  coeur rajeuni s'accélérèrent;

il avait entendu sa soeur, dans la cour, dire:

File:Riou - Gouel ar sakramant.djvu

  -Vous voilà, Marie ?

  - Oui; il y a du monde ici?

  - Maman  est là et Herve  est entrain de s'habiller.

Il est temps de se dépêcher ; plus longue sera la dernière

chanson.

  - Le ciel se couvre...

  - Pourvu qu'il ne pleuve pas?

  - Il ne tombera pas de pluie avec le vent qui souffle de la

montagne.

  Herve par la fenêtre de sa chambre, jeta un regard dans la

cour. Mais pour alors, Mari Vazele était partie.

   Un nuage cacha le soleil, et  balaya lentement

la cour de Pennavern. La poule

avec ses poussins grattait la poussière de

la remise. Les poulettes, accroupies sur la roue de la

débroussailleuse et sur les dalles du tombereau avaient blotti

leurs têtes sous leurs ailes et sentant l'orage,

somnolaient en attendant la pluie.

 Herve serra sa ceinture verte autour de sa taille,

et enfila sa veste de coton. Sa

soeur lui apporta son chapeau neuf, s'occupa de la

chevelure et  effilocha le ruban de velours

serré derrière par une boucle d'or.

  -Tu es beau, dit-elle.

  Oui, il était redevenu un homme. Juin lui avait

apporté l'énergie qu'on lui avait arraché  en

juin l'année d'avant. Simplement il se trouvait  parmi

les plus compétents de Lothey.

   ...Il ne vit pas Mari Vazele aller son chemin,

devant lui. Mari, par crainte sans doute d'arriver

en retard aux vêpres avait allongé ses

pas.

File:Riou - Gouel ar sakramant.djvu

  A Landremel, en face des auberges, les hommes

fumaient et discutaient du temps et du blé.

  - Ah ! Salut Herve, vous voilà ! dit Jakez, grand valet de Runigoù.

  - Oui ;  la prochaine fois sera la bonne...

  Le son des cloches étouffa les paroles.

  A mesure qu'ils approchaient de l'église, Jakez disait à

Herve:

 - Ecoutez ! ...Vous êtes redevenu un homme;.. vous ne

pensez pas? ... Quand nous avions gagné la bannière contre

ceux de Pleyben le jour du tirage ? Nous étions des gens rudes.

Maintenant, quand vous êtes guéri, les gars de l'équipe sont

heureux. Et ils vont s'entendre. Les cloches pour  la

procession seront mises en branle par les gars de la classe.

Personne d'autre ne montera dans le clocher. Aujourd'hui sera un grand jour.
  Herve sourit.

  - Bon, dit-il, vous vous trouverez tous , après les vêpres,

à l'auberge de Saliou. Aujourd'hui les musiciens

devront rentrer saoûls à la maison... et branlent les cloches,

tant que branlera le clocher !

  Et il tendit son chapeau en direction de l'église.

 

  Anna Brogiou aimait son frère avec l'amour d'une

mère. Pour lui faire plaisir elle avait cueilli

les plus beaux bouquets du jardin pour fleurir la croix

et l'autel du croisement . L'amour pour son frère

revenu à la vie. Amour de ses vingt ans.

  Les gars avaient planté, la veille, de jeunes

sapins autour de la croix. La bonne de Monsieur le

curé, aidé par les demoiselles riches du bourg,

habillaient le corps de la croix de tissu et y épinglaient

des roses, aussi rouges que le sang du Sauveur. Elles

avaient modelé sur le sol, avec les herbes de la vierge, une

File:Riou - Gouel ar sakramant.djvu

étoile bleu clair, et des fillettes avec des digitales

et des iris tapissaient  le chemin.

  Les cloches sonnèrent. Le décor floral était fini.

  - Jamais la croix n'a été si joliment ornée, dit

une des demoiselles riches de Landremel.

   Les demoiselles dirent , après la fête-Dieu, que Herve Bogion avait jeté

un regard en direction de Mari Vazele quand ils  se rapprochèrent du parapet pour prendre

la vierge et la grande Bannière de Saint Tei des mains du sacristain. Sauf qu' il n'avait pas

 su et il lui dit un petit mot qui lui fit baisser les yeux.

 

  Les cloches, emportées vigoureusement par les gars de l'équipe, diffusent sur la parroisse leur

message de joie. Leur voix volent vers le mont, par les coteaux et les

garennes, descend aux vallées par les sommets abrités, suit

la grande route dans le croisement sinueux, et tressaille dans les arbrisseaux et sur le  lierre

des arbres-têtards, et s'infiltrent dans les carrières, les jardins, dans les aires ensoleillées

des villages, si calmes les dimanches soirs. Les cloches bourdonnent dans les champs

de foin tondus et chantent en choeur avec les filets d'eau et avec l'écluse de l'Avon, pour

dévier et remonter son chant du vent vers les reliefs, à travers les genêtaies et

par-dessus les talus couverts de jeunes fougères, pour mourir dans les monts Krulo, sur

les surfaces de seigle vert.

  Sur la place de Landremel, éclata un coup de soleil. La procession était sortie. Les bannières,

la soie des tabliers, le velours des corsages,

les coiffes blanches éclatantes, les plumes des feuillages, la fête Dieu

jeta leur lustre. Des filles et des garçons chantaient:

 

 

...à suivre ( la fête-dieu est le 19 juin cette année....)

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Présentation

  • : le blog locoven par : Eugene
  •   le blog locoven par : Eugene
  • : à propos de Bréhat/diwar-benn Enez Vriad
  • Contact

Recherche