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13 mai 2015 3 13 /05 /mai /2015 23:50

La littérature bretonne est riche en nouvelles plus ou moins acides, où la duplicité des uns joue souvent avec la duplicité des autres. C’est commun à beaucoup d’autres littératures, mais c’est toujours bon de rire aux dépens des autres…

Yvon Crocq était justement un écrivain breton très célèbre de son temps pour ses nouvelles. Ici, le tavernier profite du joueur de bombarde avant de lui demander de payer… mais le joueur de bombarde a plus d’un tour dans son sac !

Yann ar Bombarder, pe ar gouriz plouz

Da ostizien va Bro

Gwechall gwechall, neb n’en doa ket daoulagad a oa dall. D’an amzer-se, Yann ar Bombarder a rede ar vro, brudet dre ma veze dalc’hmat o vont-dont eus an eil maner d’egile, hag a dreist holl eus an eil tavarn d’eben, gwech war e dreid e-unan, gwech war gein eskernet un teuz a varc’h : ur marc’h Laouig ken treut ma c’houlenne an dud digant Yann penaos ne veze ket troc’het dre an hanter gant livenn gein ar marc’h !…

*

Yann ar Bombarder ne rae nemet pismigañ an ostizien. Ur wech edo o tistagañ ur rouladenn en un davarn, ha kalz a dud a deue eno d’e glevet o son ar vombard : ha setu Yann deut mat d’an ostiz, dre ma sache dour d’ar vilin. Met chistr an ostiz o vezañ trenk, an dud a nebeutaas ; an ostiz a yenaas ouzh Yann hag a c’houlennas digant ar bombarder arc’hant e voued hag e evaj, pe e vije krouget.
– Ma ! eme Yann, mont a rin d’ar groug neuze mar fell deoc’h, rak arc’hant n’am eus ket ; met koulskoude ur gavadenn am eus graet : penaos lakaat ar chistr trenk da zousaat.
– Dres ! eme an tavarnour, a zo mat evidon-me. Gwerzh din da gavadenn. Pegement e fell dit kaout ?
– Pemp skoed warn ugent, pe netra.
– Emaomp e-barzh ; koulskoude ker eo.
– Ac’hanta, emañ Yann, setu amañ va c’havadenn : ret eo fardañ ur gordenn blouz, hir ha stank ; treiñ anezhi seizh gwech nav dro en-dro d’ar varrikenn, ha div ur goude, an evaj an trenkañ a deu da vezañ dous-mel.

*

Hag int kerkent d’ar bern plouz, da fardañ ar gordenn vurzhudus, an ostiz o sachañ plouz diouzh ar bern. Yann o kordennañ dre ma tenne, hag o pellaat bep an tammig. Ar bombarder a zegouezhas evel-se betek an hent ; eno e kinnigas daou liard d’ur paotrig evit treiñ ar gordenn en e lec’h. Ar paotr a droas, hag an ostiz a denne plouz diouzh ar bern.
…Penaos ‘ta ? Yann, tapet pemp skoed warn ugent gantañ, a droc’has kuit en ul lavaret « n’eo ket un touell touellañ un toueller. »
N’eo ket ret lavaret e chomas trenk chistr an tavarnour. Hemañ avat a drenkas muioc’h-mui e spered outañ, ken na droas e dammig empenn e laezh kaouledek, pa welas e oa bet touzet gant Yann ar bombarder.

*

Hag abaoe eo deut ar c’hiz dre ar Vro da lavaret eus un ostiz, pa n’ez a ket mat an traoù gantañ en e stal : « Hemañ en deus tapet ur gouriz-plouz. »

Ur bombarder (sonneur à la bombarde)

Ur bombarder (sonneur à la bombarde)

Yann, le joueur de bombarde ou la ceinture de paille.

 

Aux aubergistes de mon pays.

 

 Autrefois il y a longtemps, qui n'avait pas deux yeux était aveugle. En ce temps-là, Yann le joueur de bombarde courait par le pays, connu parce qu'il était constamment à aller et venir d'une manière ou d'une autre, et surtout d'une taverne à l'autre, des fois seul à pieds, des fois sur le dos osseux d'un fantôme de cheval. Un cheval (Laouig*1) si maigre que les gens demandaient à Yann comment çà se faisait qu'il n'était pas coupé en deux par la colonne vertébrale de l'animal!

*

   Yann le joueur de bombarde ne faisait jamais rechigner les hôteliers. Une fois il eut à donner une aubade*2 dans une taverne et beaucoup de gens venaient là l'écouter jouer de la bombarde. Et voilà yann bien venu à l'auberge puisqu'il apportait l'eau au moulin*3. Mais le cidre de l'auberge devenant aigre, les client diminuaient; l'hôtelier refroidit Yann en  demandant au musicien de payer sa nourriture et sa boisson, ou il serait pendu.

  Bon! dit Yann, j'irai à la potence alors, si vous le souhaitez, car de l'argent , je n'en ai pas; Mais pourtant j'ai fait une découverte: (je sais) comment adoucir le cidre aigre .

  -Parfait ! dit le tavernier, c'est bon pour moi. Je t'achète ta trouvaille. Combien tu veux?

  -Vingt-cinq écus, ou rien.

  - Nous sommes d'accord; mais c'est cher.

  -Eh bien, répondit Yann voici ma découverte: il faut préparer une corde de paille, longue et dense, la tourner seize fois neuf tours autour de la barrique, et "en deux coups les gros"*4, la boisson la plus aigre devient douce comme du miel.

*

 Et les voilà bientôt au tas de paille, à préparer la corde fantastique, l'aubergiste tirant la paille du tas. Yann cordant au fur et à mesure qu'il tirait, et en s'éloignant chaque fois un petit peu. Le musicien arriva comme çà jusqu'à la route; là il offrit deux sous à un garçonnet pour tourner la corde à sa place. Le garçon tourna, et l'aubergiste soutirait de la paille du tas.

   ... Comment donc? Yann qui avait reçu vingt-cinq écus s'esquiva en disant "ce n'est pas une tromperie de tromper un trompeur". 

   Il n'est pas nécessaire de dire que le cidre du tavernier restera aigre. Mais celui-ci lui aigrit de plus en plus l'esprit, à tel point que son bout de cerveau tourna en lait caillé, quand il s'aperçut qu'il avait été estampé par Yann le joueur de bombarde.

*

  Et depuis, c'est devenu la mode par le pays de dire d'un hôte, quand çà ne va pas bien dans sa boutique: " Celui-ci a attrapé une ceinture de paille."

*1-Laouig= tonnelet; poétique pour un nom de cheval!

2- Distagañ ur  rouladenn. Interprétation d'après le contexte: rouladenn ??? 

3- Il attirait les clients, sans doute.

4."div ur goude" expression non retrouvée.

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