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7 mai 2015 4 07 /05 /mai /2015 00:32
Nouvelle d'Yvon Crocq (1885/1930)

Nouvelle d'Yvon Crocq (1885/1930)

La littérature bretonne est riche en nouvelles, et l’écrivain breton Yvon Crocq est l’un de ses meilleurs nouvellistes. Il se moque ici de la mauvaise foi et du ridicule qui surgissent souvent de la routine conjugale, en demandant méchamment qui doit faire la vaisselle…

La mauvaise foi nourrit la mauvaise foi, le ridicule nourrit le ridicule, et les époux se retrouvent en chemise de nuit devant tout le village, qui en vient à se demander si ces époux ne sont pas possédés par le démon… On court chercher le curé.

Mais le curé saura-t-il guérir les époux ? Qui sait jusqu’où la mauvaise foi et le ridicule peuvent aller ?

En voici "ma" traduction:

Peu de chose

   "Peu de chose" c'est quelquefois la cause  des plus graves choses; et ainsi , est-ce qu'une flammèche de paille  ne peut être capable de mettre un méchant feu à prendre dans votre maison? Et pourtant une flammèche  est peu de chose, n'est-ce pas?

   Mettons encore que vous avez mal à votre petit doigt* à cause d'une épine ou d'un petit abscès quelconque. Bon! Une telle chose est suffisante pour vous mettre à vous plaindre; et pourtant une épine, un abscès, c'est peu de chose, n'est-ce pas?

   Tout ceci pour vous dire qu'il n'y a de paix durable, ne vont parfaitement les choses dans les maisons, entre les époux que si le monde tourne comme ils le veulent. Sauf si peu de chose se met entr'eux: à partir d'un petit rien, germe  la discorde entr'eux, et trop souvent hélas! querelle et tonnerre, feu et guerre. Mais ne croyez pas, écoutez !

  Autrefois (et depuis il n'y a pas si longtemps que çà, car je ne suis pas encore âgé), autrefois habitait dans ma paroisse deux jeunes époux. Jeunes mariés ils étaient et rien ne leur était encore arrivé de grave; dans un hameau éloigné ils vivaient, sans gros soucis et sans inquiétude, sans grand bruit et heureux.

  Paskolig, le chef de famille, était souvent à travailler à la journée à la campagne et ne rentrait à la maison que pour chercher son souper, son lit et sa femme. Celle-ci, Soizig passait son temps à s'occuper de sa vache, à ordonner le petit fardeau de sa famille et à raccommoder et à rapiécer des habits et des tricots.

  Chacun d'eux se mêlait de ses choses, et comme çà, il n'y avait pas de brouille entr'eux. Un détail avait été décidé d'un commun accord quand ils s'étaient mariés: comment chacun à son tour devrait laver les assiettes après le souper. Ceci est peu de chose direz- vous, car il n'y a   à jeter un petit coup d'eau que par-dessus  deux assiettes. Qu'importe, vînt le moment  où ce petit rien brisa la paix qui régnait entre les deux époux. Car un samedi soir, Paskolig et Soizig avaient dîné d'une bouillie d'avoine passée et de lait ribot frais droit venu de la baratte. Bon, après souper, et sans dire un mot,le chef de famille mit un peu de feu à sa pipe pour enfumer ses trous de nez, et sa femme commença son travail: faire un bout de tricot. Mais pendant ce temps-là, les restes du souper restaient sur la table; le chaudron, avec un petit peu de bouillie encore dans le fond et de la croûte sur les bords, les assiettes, les cuillères. Mais bientôt, la voix de Pascolig s'éleva plus rudement que d'habitude:

 - Il est temps de débarrasser la table , tonnerre, dit-il.

  - Qu'est-ce que tu attends? répondit Soizig.

  -C'est ton tour, je crois bien: vite, prends une lavette et sans moufter!

  -Ce n'est pas mon tour , dit l'autre; n'est-ce pas hier qu'on avait des pommes de terre en robe des champs à souper ?

  -Ma foi! Mais je m'en fous de çà, et des patates, et de leurs épluchures; Mais hier c'était vendredi et c'est moi qui ai lavé la vaisselle. Je me rappelle très bien.

  -C'est pas vrai!

  -C'est vrai!

  -Non !

  -Si!

   Ils se lancèrent l'un l'autre des regards noirs,mais çà s'arrêta là et c'était bien ainsi. S'ils avaient été plus agressifs l'un envers l'autre, ils seraient allés plus loin et pour... peu de chose cependant.

  A suivre/ da heuliañ

*J'avais fait une erreur de traduction dans un premier temps en faisant de ho piz bihan "vos petits pois". Ce qui ne collait pas et me faisait commenter:"Je n'ose imaginer  ce que le narrateur appelle ainsi... en ce cas, est-ce vraiment "peu de chose-un petit rien- / nebeut a dra"!!

en fait il s'agit de Biz bihan, dérivé "piz "bihan derrière "ho", et qui devient votre petit doigt. On comprend mieux. Comme quoi, un petit rien...!

Merci au commentateur clairvoyant et à sa réaction immédiate.

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commentaires

C. Le Griguer 07/05/2015 10:16

Bonjour ! Ne s'agit-il pas de petit doigt plutôt que de petits pois ? :-)

Jenig 07/05/2015 11:17

Bonjour,
Bien sûr! Comment n'y avais-je pas pensé? comme quoi n'est pas traducteur qui veut!
Merci pour votre aide. Je rectifie tout de suite!

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